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Dans les coulisses de la langue



Épicène, neutre, non binaire et inclusif       Nouveauté

 

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Les articles fouillés du thème Dans les coulisses de la langue donnent accès à des réflexions approfondies sur des questions de français, offrant de fait une perspective élargie sur les travaux linguistiques réalisés à l’Office québécois de la langue française. Ils sont classés par ordre alphabétique.

 

 

Les adjectifs épicène, neutre et inclusif circulent beaucoup dans le discours social actuel. Ils caractérisent des noms comme rédaction, formulation, écriture, français, langage ou langue, comme dans rédaction épicène, formulation neutre et écriture inclusive. Il peut être difficile de comprendre les sens que ces adjectifs revêtent. Petit tour d’horizon pour clarifier les choses en matière de styles rédactionnels contemporains.

 

 

Épicène

 

L’adjectif épicène, du latin epicœnus, « commun », caractérise une façon d’écrire qui est recommandée par l’Office québécois de la langue française depuis le début des années 1980 : la rédaction épicène. Cette dernière vise à assurer un équilibre représentatif dans les textes lorsqu’il est question d’hommes et de femmes. Elle est également appelée rédaction non sexiste ou féminisation des textes. La rédaction épicène se manifeste à la fois par l’emploi de mots qui désignent aussi bien les femmes que les hommes (par exemple, la population) et de mots qui parlent explicitement tantôt des femmes, tantôt des hommes (par exemple les Québécoises et les Québécois).

 

Le choix de l’adjectif épicène s’explique par le fait que celui-ci se dit notamment d’un mot, désignant ou caractérisant une personne, qui a la même forme au masculin et au féminin. Par exemple, le nom bibliothécaire s’écrit de la même manière quel que ce soit son genre grammatical : une bibliothécaire ou un bibliothécaire. Dans l’expression rédaction épicène, l’adjectif est utilisé avec une extension de sens.

 

 

Neutre

 

Épicène est couramment employé comme synonyme de neutre. Le sens premier de neutre, du latin neuter, est « ni l’un ni l’autre ». En effet, sans contexte, on ne peut attribuer de genre grammatical aux mots épicènes; par exemple, l’adjectif charitable, en comparaison de généreux et de généreuse. La définition spécialisée de neutre est pourtant un peu différente.

 

En sociolinguistique, on emploie le terme neutre entre autres pour caractériser des formulations qui désignent aussi bien les hommes que les femmes, mais qui possèdent un seul genre grammatical, qui leur est propre. Autrement dit, une formulation neutre ne présente pas d’alternance masculin/féminin. Par exemple, le lectorat, de genre grammatical masculin, réfère à la fois aux lecteurs et aux lectrices.

 

 

Non binaire

 

La formulation neutre est un procédé important en rédaction épicène. Elle est également présente dans un style de rédaction utilisé pour désigner les personnes non binaires, qu’on pourrait donc appeler rédaction non binaire. Ce style rédactionnel utilise aussi des néologismes comme iel, en complément de la formulation neutre. Il est à noter que l’utilisation de ces néologismes reste spécifique aux communautés de la diversité de genres.

 

 

Inclusif

 

L’adjectif inclusif, quant à lui, est souvent utilisé pour caractériser le nom écriture. Or, le terme écriture inclusive peut revêtir des sens différents, ce qui peut encore une fois entraîner une certaine confusion.

 

Il peut ainsi renvoyer, particulièrement dans les médias européens, à une pratique rédactionnelle qui se veut non sexiste et qui recourt à la féminisation lexicale, à l’accord de proximité, aux doublets et, plus spécifiquement, aux doublets abrégés, lesquels sont aussi parfois utilisés pour désigner les personnes non binaires.

 

Au Canada, en revanche, le terme écriture inclusive désigne souvent une rédaction qui consiste à éviter les genres grammaticaux masculin et féminin en ce qui concerne les personnes, sans toutefois faire appel à des néologismes, au contraire de la rédaction non binaire. Dans l’administration fédérale, on recommande l’écriture inclusive pour s’adresser aux personnes non binaires, aux personnes dont on ignore le genre ou à des groupes diversifiés (pour que chaque membre s’y sente inclus). Ce type de rédaction est parfois aussi appelé dans le discours social rédaction neutre, voire rédaction épicène, et il fait lui aussi appel en partie aux formulations neutres.

 

On comprend de mieux en mieux pourquoi les différences sont difficiles à discerner… Cela est d’autant plus vrai qu’on voit également dans l’usage courant les termes écriture inclusive et langage inclusif en référence à une langue qui cherche à éviter toute discrimination, qu’elle soit liée à l’âge, au handicap, à l’origine ethnique, au sexe ou au genre.

 

 

Conclusion

 

Puisqu’il faut bien trancher, on retiendra qu’à l’Office québécois de la langue française, on dit :

 

-  que la rédaction épicène assure une représentation égale des femmes et des hommes;

-  que la rédaction non binaire respecte le besoin de certaines personnes d’affirmer leur non-binarité de genre;

-  que la rédaction inclusive cherche à éviter toute discrimination dans les écrits.

 

Quant aux formulations neutres, on retiendra d’elles qu’elles constituent un procédé commun à tous ces styles rédactionnels.

 

 

Compléments :

 

Doublets abrégés (La féminisation et la rédaction épicène)

Féminisation des appellations de personnes et rédaction épicène (Avis de recommandation)

Féminisation et rédaction épicène (La rédaction et la communication)

Formation sur la rédaction épicène (Bibliothèque virtuelle)

 

 

Article rédigé en 2018

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Date de la dernière actualisation de la BDL : novembre 2018

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