Banque de dépannage linguistique

Index thématique
Le vocabulaire
Tours d’horizon et autres explications > Mises au point



Mettre de l'avant

 

L’expression mettre de l’avant est condamnée dans certains ouvrages de référence. Cependant, des recherches approfondies et un examen des usages permettent de la considérer comme étant acceptable.

 

Employée principalement au Québec, l’expression mettre de l’avant peut signifier « proposer, présenter » ou encore « mettre en œuvre, entreprendre ». Elle est correcte sur les plans du sens et de la forme. En effet, diverses locutions sont construites sur le même modèle : aller de l’avant, bien sûr, mais aussi d’autres moins usitées comme pousser de l’avant, marcher de l’avant et foncer de l’avant. Par ailleurs, l’expression mettre de l’avant est bien implantée au Québec; on la trouve dans plusieurs publications en français d’usage standard, et certains ouvrages de référence l’intègrent à leur nomenclature sans la condamner. Si l’on souhaite tout de même l’éviter en raison des critiques émises, ou si l’on désire simplement varier les formulations, divers équivalents sont possibles, selon le contexte.

 

Exemples :

 

-  Nos gestionnaires ont voulu mettre de l’avant un programme stimulant. (ou : ont voulu présenter)

-  De nombreuses idées intéressantes sont mises de l’avant lors de ces remue-méninges. (ou : sont proposées, sont avancées)

-  Plusieurs mesures de réforme seront mises de l’avant au cours de la prochaine année. (ou : seront mises en œuvre)

-  L’organisme désire mettre de l’avant un projet qui aidera les plus démunis. (ou : désire réaliser)

-  Les valeurs mises de l’avant par cet organisme semblent plaire au plus grand nombre. (ou : Les valeurs défendues, prônées)

 

 

L’expression mettre de l’avant a longtemps été absente des dictionnaires généraux du français. Cette absence, à laquelle on a cherché une explication, a entraîné diverses condamnations. Pour certains ouvrages, il s’agit d’une déformation de aller de l’avant, qui signifie « s’engager dans une affaire, continuer dans une direction »; pour d’autres, il pourrait s’agir d’un télescopage de cette dernière expression et de mettre en avant, au sens d’« avancer, alléguer »; d’autres encore y voient un calque de l’anglais to put forward. D’autres origines sont aussi possibles…

 

Dès le XIIIe siècle, on recense mettre avant dans le sens d’« avancer une proposition », expression qui, au XVIe siècle, prendra la forme mettre en avant. Ce sens est plus près de celui que l’on donne aujourd’hui à mettre de l’avant qu’à celui qui est rattaché à mettre en avant.

 

L’expression mettre de l’avant a autrefois eu un sens maritime. C’est d’ailleurs aussi le cas de aller de l’avant, qui, au sens propre, signifiait « avancer ». Plusieurs dictionnaires français du XVIIIe siècle donnent à (se) mettre de l’avant le sens de « laisser derrière soi (des bateaux, des ports, des côtes) » ou d’« avancer en premier (dans un convoi) ». Au XIXe siècle, mettre de l’avant, au sens de « proposer, présenter », était déjà en usage au Québec, et même parfois en France. Comme plusieurs expressions liées au vocabulaire maritime ont été introduites par les colons européens en Nouvelle-France et que certaines d’entre elles sont entrées dans le langage courant au fil du temps, l’origine maritime de la locution mettre de l’avant semble ainsi plausible.

 

 

Article rédigé en 2020

Haut

Date de la dernière actualisation de la BDL : juin 2020

Déclaration de services aux citoyennes et aux citoyens | Accès à l'information | Politique de confidentialité

Portail du Gouvernement du Québec.

© Gouvernement du Québec, 2020