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Les emprunts à l’anglais
Emprunts idiomatiques



Ne pas être sorti du bois

 

Au Québec, on emploie l’expression ne pas être sorti du bois pour dire que l’on se trouve dans une situation problématique qui dure, voire qui risque de s’aggraver, ou pour exprimer que l’on a encore des difficultés à surmonter. Cette expression a longtemps fait l’objet de critiques parce qu’elle est calquée sur l’anglais not to be out of the wood(s). Toutefois, elle est aujourd’hui généralement acceptée dans les ouvrages de référence. Elle est correctement formée en français. De plus, elle est bien ancrée dans la réalité socioculturelle québécoise, et son sens est facilement interprétable. En effet, on peut y voir une allusion à la difficulté que représente l’orientation en forêt. Conséquemment, l’Office québécois de la langue française considère que l’emprunt à l’anglais ne pas être sorti du bois est acceptable.

 

Il importe cependant de signaler que cette expression est généralement considérée comme familière. Il en va de même de l’équivalent ne pas être sorti de l’auberge, qui a aussi cours ailleurs dans la francophonie. Parmi les équivalents jugés plus neutres, on trouve notamment, selon les contextes, ne pas être tiré d’affaire et ne pas être au bout de ses peines. D’autres tournures comparables sont également possibles avec des emplois figurés de tunnel, de ornière, et de pétrin (ce dernier étant de registre familier) : par exemple, ne pas voir la lumière au bout du tunnel, ne pas être sorti de l’ornière, être dans le pétrin.

 

Exemples :

 

  Les Canadiens ne sont pas encore sortis du bois, car le meilleur joueur de l’équipe est blessé. (ou, plus neutre : ne sont pas encore tirés d’affaire)

  La production a pris du retard, et il manque du personnel : on n’est pas sortis du bois! (ou, plus neutre : nous ne sommes pas au bout de nos peines)

  Sophie n’est pas sortie du bois : elle doit corriger trente examens avant demain. (ou, plus neutre : ne voit pas la lumière au bout du tunnel)

  Les personnes impliquées dans cette fraude ne sont pas sorties du bois, je vous le dis. (ou, plus neutre : elles ne sont pas sorties de l’ornière)

 

 

Notons que la tournure affirmative être sorti du bois, « en avoir fini avec les ennuis », est aussi employée, même si elle semble plus rare.

 

Exemple :

 

  Pierre a évité la faillite, mais il est tellement endetté qu’il lui faudra plusieurs années avant d’être sorti du bois.

 

Mentionnons également que certains dictionnaires, essentiellement européens, relèvent sortir du bois dans un tout autre sens, soit « se manifester, dévoiler ses intentions ».

 

 

Il est intéressant de constater que l’expression québécoise ne pas être sorti du bois est attestée au moins depuis le début du XXe siècle. Elle serait donc plus ancienne que ne pas être sorti de l’auberge, expression équivalente par laquelle certains observateurs de la langue ont voulu la remplacer. En effet, cette expression ne serait attestée que depuis le milieu du XXe siècle. Elle est issue de l’argot du milieu carcéral français, et le mot auberge y a le sens de « prison ».

 

 

Complément :

 

Qu’est-ce qu’un emprunt idiomatique?

 

 

Article mis à jour en 2019

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Date de la dernière actualisation de la BDL : mai 2019

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