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Faire long feu, ne pas faire long feu

 

Les expressions figurées faire long feu et ne pas faire long feu prêtent à confusion. Le sens à donner à ne pas faire long feu, la plus usitée des deux, est bien admis : « (de qqch.) durer peu de temps, ne pas traîner, être vite terminé; (de qqn) partir rapidement, ne pas rester longtemps ».

 

Exemples :

 

- Le couple n’a pas fait long feu, moins d’un an après le mariage, il était séparé.

- Tout l’argent qu’il a reçu en héritage n’aura pas fait long feu entre ses mains.

- La joueuse inexpérimentée n’a pas fait long feu contre la championne en titre, en moins d’une heure, tout était joué.

- Très critiqué pour sa gestion, il n’aura pas fait long feu comme directeur.

- Leur association n’a pas fait long feu et ils ont dû vendre l’entreprise à perte.

 

À partir de cette définition de l’expression ne pas faire long feu, on serait tenté de décoder faire long feu par son contraire, soit « durer longtemps », mais il s’agirait là d’une erreur, d’où la confusion souvent relevée par les observateurs de la langue.

 

En réalité, faire long feu, au sens propre, renvoie au fait qu’il arrivait, à époque ancienne, que la poudre insérée dans une arme à feu, en raison de l’humidité ou parce qu’elle était mal tassée, brûle trop lentement. Cela retardait le coup ou l’empêchait de partir, et la cible ne pouvait être atteinte (Un fusil, un pistolet qui fait long feu). On peut encore l’employer en français actuel en parlant d’un engin explosif, d’un projectile qui n’explose pas. D’où le sens figuré de faire long feu « ne pas produire l’effet escompté, manquer son but, cesser d’exister, s’éteindre; échouer ». Cet emploi est aujourd’hui d’un registre plus soutenu, il se rencontre davantage à l’écrit. On observe qu’il est peu employé au Québec, mais il est présent dans la littérature française et encore fréquemment usité dans la presse européenne.

 

Exemples :

 

(au propre)

- « […] un engin explosif dont le système d’allumage a apparemment fait long feu a été découvert samedi soir à New York […]. » (La Voix de l’Est, quotidien québécois, 2010)

 

(au figuré)

- « Jacques se sentait piteux de cette entrée manquée comme d’une histoire drôle qui fait long feu. » (Gracq, Un beau ténébreux, 1945, cité dans le TLFi, article entrée)

- L’entreprise a fait long feu laissant des centaines de travailleurs sans emploi.

- « Le rebond boursier du secteur bancaire entamé en début d’année a fait long feu. » (Le Figaro, quotidien français, 2011)

- « L’affaire a fait long feu, ponctue-t-il. Un avis confirmé par l’enquête belge qui a conclu au non-lieu. » (Le Soir, quotidien belge, 2000)

- « Le scrutin de dimanche n’a pas confirmé cet élan citoyen. À Paris comme en province, la mobilisation aurait-elle fait long feu? » (Le Monde, quotidien français, 2002)

- « Le manifeste Blair-Schröder […] semblait illustrer une complicité, mieux un axe, entre Londres et Berlin […]. Mais la complicité a fait long feu […]. » (Le Temps, quotidien suisse, 2000)

- « La grande illusion du bonheur à l’Ouest a fait long feu. L’après-chute du mur de Berlin n’est finalement que […] » (L’Humanité, quotidien français, 2009)

 

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Quant au rapport entre ces expressions, on peut se demander si les deux ont une même origine. Plusieurs ouvrages les classent sous deux acceptions distinctes de feu : « coup de feu » pour faire long feu et « flamme » pour ne pas faire long feu, y voyant pour cette dernière une métaphore de la flamme qui peut s’éteindre rapidement.

 

Si, jusqu’ici, les deux emplois figurés se distinguent plutôt bien, certains ouvrages en enregistrent un troisième qui vient compliquer le tableau. Il s’agit de faire long feu au sens de « traîner en longueur », définition à laquelle le Grand Larousse en 5 volumes et le Grand Larousse universel ajoutent « sans produire de résultat ». Cet emploi, qui serait à rattacher à l’image de la détonation qui se fait attendre, ne figure pas dans tous les dictionnaires*; il est notamment absent des usuels. En outre, on remarque que les ouvrages qui l’ont enregistré ne l’illustrent que par de simples exemples forgés (Une affaire ou une histoire qui fait long feu), ce qui peut nous faire douter de sa réelle existence. Ne pourrait-on y voir que le sens déjà décrit de « cesser d’exister, s’éteindre »?

 

Néanmoins, si ce sens de « traîner en longueur (sans produire de résultat) » pour faire long feu est bel et bien usité, il pourrait expliquer l’emploi de ne pas faire long feu à propos d’une chose vite terminée, qui n’a pas traîné. Cela rattacherait finalement les deux expressions à un même sens propre à l’origine, celui de la détonation… et réhabiliterait, en quelque sorte, le sens critiqué de « durer longtemps », et donc de « traîner en longueur », que l’on peut donner à faire long feu, par déduction, à partir du sens bien connu de l’expression négative ne pas faire long feu « ne pas traîner, être vite terminé ».

 

 

* Outre les Larousse déjà cités, on le trouve dans le Dictionnaire de l’Académie française depuis 1835, le Dictionnaire de la langue française de Littré, le Dictionnaire culturel en langue française de Robert et le Dictionnaire Quillet de la langue française de 1959; A. V. Thomas et J.-P. Colin l’ont également relevé dans leurs dictionnaires de difficultés.

 



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Date de la dernière mise à jour de la BDL : juillet 2017

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