Banque de dépannage linguistique


Le vocabulaire
Nuances sémantiques



Réchapper et rescaper

 

Ces deux verbes ont un air de famille. En fait, rescaper est une forme dialectale de la Wallonie (région francophone de la Belgique), qui correspond à réchapper. C’est d’abord rescapé, substantif et adjectif, qui a fait son entrée dans la langue au début du XXe siècle, à la suite d’une tragédie survenue en 1906 dans une mine du Nord de la France. Les médias ont diffusé ce mot, employé par les mineurs et les sauveteurs belges, pour rendre compte de la situation. La forme dialectale des parlers du Nord de la France était récapper, mais, dans la région wallonne voisine, on disait rescaper, et c’est ainsi qu’est passée dans la langue générale une forme verbale d’origine dialectale qui correspondait au français réchapper. Avec le temps, les deux verbes ont pris des nuances sémantiques qui les distinguent.

 

En français actuel, le verbe réchapper s’emploie le plus couramment dans l’expression en réchapper, comme synonyme de s’en sortir ou de s’en tirer. On le relève également suivi de la préposition de (réchapper d’un attentat, réchapper de la guerre) ou, plus rarement, à (réchapper à la crise).

 

Exemples :

 

- L’accident a été très violent, ils ont eu beaucoup de chance d’en avoir réchappé.

- Pour le moment, son médecin ne peut nous assurer qu’il en réchappera.

- C’est un miracle que la journaliste ait pu réchapper de l’attentat.

- Ces réfugiés ont réchappé de l’épidémie qui sévissait dans le pays.

- Très peu de personnes ont réchappé à ce terrible naufrage.

- Son état faisait craindre qu’il ne puisse réchapper de l’opération.

- Les ménages pauvres pourront-ils réchapper à la crise que connaît le pays?

 

 

Au Québec, le verbe réchapper dans son emploi transitif (réchapper quelqu’un ou quelque chose) est couramment employé au sens de « sauver (un être vivant) d’un danger, d’une maladie, d’une catastrophe » ou « éviter de justesse la perte de (quelque chose) ». Ce dernier sens, aujourd’hui sorti de l’usage dans la langue générale, s’est maintenu non seulement au Québec, mais dans plusieurs régions de France. On relève également des sens figurés qui en découlent (par exemple, réchapper une entreprise).

 

Exemples :

 

- Ils n’ont pu réchapper que quelques objets de l’incendie qui a ravagé leur maison.

- L’animal a été retrouvé dans un piteux état, mais on a réussi à le réchapper.

- Elle n’a pu réchapper sa plante laissée sans eau depuis son départ.

- Cette aide financière inespérée leur a permis de réchapper l’entreprise qui allait faire faillite.

 

Pour ce qui est du verbe rescaper, il est donc entré en français par sa forme dialectale de substantif (un rescapé) et aussi de participe (être) rescapé, qui s’est maintenue dans la langue, reléguant la forme attendue du français, réchappé, à des emplois sporadiques. Quant au verbe rescaper, il est rare dans la langue générale alors qu’il est d’usage courant au Québec. Il n’entre pas nécessairement en concurrence avec réchapper, les deux verbes ayant des sens suffisamment distincts, rescaper signifiant « secourir (quelqu’un), le sortir d’une situation périlleuse ».

 

 

Pour en savoir plus sur l’emploi de réchapper, vous pouvez consulter l’article Rechaper et réchapper. Vous pouvez aussi lire les articles Échapper ainsi que L’échapper belle.

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Date de la dernière actualisation de la BDL : novembre 2018

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