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Autrice

 

On s’interroge depuis longtemps sur la manière de désigner, en français, une femme qui écrit, particulièrement des œuvres littéraires. Doit-on l’appeler autrice, auteure ou auteur? Les ouvrages de référence présentent des réponses parfois assez divergentes.

 

Retenons que plusieurs appellations sont aujourd’hui acceptées. C’est le cas du mot autrice, qui s’est taillé une place à côté de auteure, et ce, dans plusieurs régions de la francophonie.

 

Cet article propose un tour d’horizon des divers usages observés, notamment au Québec.

 

 

Autrice, vraiment accepté?

 

Même s’il ne figure pas dans plusieurs ouvrages de référence, le mot autrice est accepté en français. Il est attesté depuis plusieurs siècles et il est correctement formé. Il ne s’agit donc en rien d’un néologisme ni d’un barbarisme.

 

Exemples :

 

-  J’ai découvert l’œuvre de cette autrice il y a quelques années.

-  Elle est l’autrice des paroles, mais c’est son collaborateur qui a composé la musique.

-  L’article n’est pas signé : impossible de savoir qui en est l’auteur ou l’autrice.

 

 

Le mot autrice ne fait toutefois pas l’unanimité, y compris chez les principales intéressées. Il ne manque pas de susciter diverses réactions : on l’aime, notamment parce qu’il permet de bien marquer, particulièrement à l’oral, qu’il est question d’une femme; on le rejette, notamment parce qu’on le trouve étrange…

 

Pourtant, les féminins en ‑trice sont nombreux en français. On ne songerait pas à remettre en question actrice, auditrice, directrice, éditrice, formatrice, lectrice, rédactrice, sénatrice ou traductrice. Et la liste est longue. Le cas de autrice n’a donc rien d’unique. L’oreille y est sans doute simplement peu habituée.

 

 

Auteure, toujours admis?

 

Le féminin auteure est apparu pour répondre à un besoin de dénomination à une époque où autrice ne faisait plus partie de l’usage. Il s’est très bien implanté au Québec, notamment à la suite des recommandations de l’Office québécois de la langue française sur la féminisation des appellations de personnes dans les années 1970 et 1980. Il est aujourd’hui relevé ailleurs en francophonie, et il est mentionné dans plusieurs ouvrages de référence.

 

Le féminin auteure cohabite donc avec autrice, les deux formes étant tout à fait acceptables.

 

Exemples :

 

-  L’auteure sera sur place pour présenter son plus récent roman.

-  La jeune auteure-compositrice-interprète lancera bientôt son deuxième album.

-  Oui, nous sommes bien les auteures de ce rapport que vous jugez optimiste.

 

 

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Une femme auteur?

 

Aujourd’hui encore, plusieurs ouvrages de référence européens considèrent que le mot auteur est un nom exclusivement masculin. Il en va de même pour écrivain. Pour désigner une femme, on y reconnaît, par exemple, l’emploi de un auteur et de une femme auteur, ou de un écrivain et de une femme écrivain. On rencontre aussi parfois les formes épicènes une auteur et une écrivain.

 

Pour sa part, l’Office privilégie, pour désigner des femmes, l’emploi de formes au féminin. Il ne conseille pas l’ajout du mot femme à une appellation au masculin (comme dans femme auteur, femme médecin, etc.) puisqu’au masculin, on n’emploie pas homme auteur, homme médecin, etc.). Des explications sont présentées dans l’article consacré à l’emploi de homme et de femme.

 

 

Et s’il faut choisir entre auteure et autrice?

 

Chacun et chacune peut y aller de sa préférence quant au féminin à employer. Par contre, si une femme préfère l’une de ces appellations pour se désigner elle-même, il est préférable d’adopter celle-ci lorsque l’on s’adresse à elle ou qu’on la désigne.

 

Par ailleurs, notons que plusieurs autres appellations au féminin ou épicènes permettent de nommer celles qui écrivent. Certaines sont plus spécifiques et peuvent convenir dans des contextes précis : écrivaine, romancière, dramaturge, poète, femme de lettres, parolière, rédactrice, chroniqueuse, scénariste, scriptrice, biographe, etc. Lorsque l’on rédige, on peut choisir parmi toutes les ressources qu’offre le français.

 

 

Libre choix ‑teure/‑trice pour toutes les appellations?

 

De manière générale, la forme féminine d’un mot répond à des critères étymologiques ou morphologiques, même si l’histoire et l’usage imposent parfois certaines exceptions… La question est traitée en détail dans la section consacrée à la formation des noms féminins.

 

Les locuteurs et les locutrices ne devraient donc pas choisir indifféremment, selon leurs préférences, une forme en ‑teure ou en ‑trice pour toutes les appellations de personnes dont le masculin est en ‑teur. Il vaut mieux s’en tenir aux usages reconnus. En cas de doute, plusieurs sources peuvent être consultées, notamment les listes d’appellations de personnes de la BDL.

 

 

Compléments (Formation de noms féminins) :

 

Les noms en -teur et en -trice

Les noms en -teur et en -teuse

Les noms féminins en -eure

 

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En écrivant, les femmes ont fait couler beaucoup d’encre, et pas seulement celle de leurs propres plumes… Au fil des siècles, nombreux ont été les questionnements et les débats sur la manière de les nommer.

 

Le mot autrice est très ancien en français. Il s’agit de la forme régulière correspondant au masculin auteur, c’est-à-dire de la forme normalement attendue selon son origine. Auteur est issu du latin auctor, et autrice, du latin auctrix. Plusieurs féminins sont formés de manière analogue, par exemple acteur/actrice, de actor/actrix, et sénateur/sénatrice, de senator/senatrix.

 

Autrice est attesté dès le XIVe siècle dans divers emplois. Depuis le XVIe siècle, il sert à désigner plus précisément une femme qui pratique l’écriture. Il a toutefois subi les foudres de certains observateurs de la langue à partir du XVIIe siècle. En fait, on pourrait dire que les critiques ont été plus sociales que linguistiques : plusieurs ont alors jugé le métier de l’écriture peu convenable pour des femmes. Ces critiques ont ainsi pu contribuer à faire sortir autrice de l’usage. Le masculin auteur a été jugé seule forme correcte, même pour désigner une femme.

 

Au fil des siècles, plusieurs personnes ont tout de même plaidé en faveur du mot autrice. En voici deux illustrations :

 

« L’usage n’a pas jusqu’alors admis ce féminin [amatrice], ni celui d’autrice. […] on dit bien actrice, et assurément aujourd’hui on ne dirait pas une femme acteur. Il y a dans la langue française une foule de cas où l’habitude seule entrave la locution et contrarie l’enrichissement de cette langue. » (Jean Baptiste Richard de Radonvilliers, Enrichissement de la langue française : dictionnaire de mots nouveaux, 1845)

 

« Pourquoi cette réserve, cette peur d’user des forces linguistiques? Nous avons fait actrice, cantatrice, bienfaitrice, et nous reculons devant autrice […]. Autant avouer que nous ne savons plus nous servir de notre langue. » (Remy de Gourmont, Esthétique de la langue française, 1899)

 

 

Pour pallier la supposée absence d’un mot, en français, pour désigner les femmes de lettres, des tentatives de féminisation ont été faites, notamment au XIXe siècle. C’est ainsi que l’on a utilisé auteuresse et authoresse, par exemple. Ces formes ne se sont toutefois pas implantées.

 

Le mot autrice est progressivement réapparu dans quelques dictionnaires usuels à partir du milieu des années 1990. Il semble faire un retour en force dans l’usage depuis le milieu des années 2010. D’abord plus courant en Suisse, on le rencontre de plus en plus dans les médias de la francophonie, et de plus en plus de locuteurs et de locutrices y recourent spontanément.

 

 

Article rédigé en 2019

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Date de la dernière actualisation de la BDL : mars 2021

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